Distillerie Bleu de Provence, vent d'innovation sur les plantes à parfum

12-10-2011 12:03 par Mélanie BAUDEMONT

Philippe Soguel "Transformer ici pour être un acteur de la production française"


Acteur économique de la filière des plantes à parfum et huiles essentielles dans le sud de la Drôme, Philippe Soguel marche à l'innovation.
En 2010 et 2011, il a mené deux projets de front : la rénovation de sa propre entreprise, la Distillerie Bleu Provence à Nyons, et la mise en place, aux côtés de la CCI de la Drôme, d'une plate-forme technologique d'extraction. Philippe Soguel évoque l'avenir de ces deux outils.

  • L'Économie Drômoise : Vous avez repris la Distillerie Bleu de Provence en 1994. Comment êtes-vous parvenu à remonter cette entreprise?
Philippe Soguel : Quand nous avons repris cette distillerie, notre but était de ne pas voir disparaiître cet outil de transformation, et surtout de faire du site un lieu touristique. Notre chance a été le fort développement du tourisme à Nyons et la vague du vert sur les produits cosmétiques et parfums... Nous nous sommes rapidement positionnés sur le marché du bio. Mais je n'aurais jamais pu développer une activité de négoce sans l'assise du tourisme. Cette activité a permis de dégager chaque année un résultat positif pour réinvestir.

  • L'ED : Vous avez d'ailleurs rénové la distillerie pour la dédier à cette activité touristique.
PS : Le site de 700m2 a été conçu pour accueillir des visiteurs avec un espace découverte, une tisanerie et une boutique. 1,3 M€ d'investissement ont été nécessaires pour ces travaux. Jusqu'en 2010, 5 000 personnes payent une visite guidée pour un trafic estimé à 50 000 personnes. Notre objectif est d'accueillir entre 10 et 15 000 visiteurs payants.

  • L'ED : Comment va évoluer votre chiffre d'affaires?
PS : Aujourd'hui, la partie négoce et huiles essentielles représente deux tiers du chiffre d'affaires, qui était de 1,7 M€ en 2010 pour six salariés permanents et trois saisonniers. A trois ans, notre objectif est d'augmenter le chiffre de 50% sur la partie tourisme. Et tout notre développement se base sur le volume dégagé par la boutique et les visites touristiques. Car sur la partie négoce, nous sommes sur des matières premières naturelles soumises aux fluctuations des marchés et aux accidents de parcours de la production. Même si c'est difficile, j'aime jouer ce rôle d'interface entre la production et le marché. Sur les  huiles essentielles, nous n'utilisons que des produits locaux. Dans 10 ans, j'aimerais me dire que j'ai contribué à faire des remettre en culture une cinquantaine d'hectares de lavande, de thym...

  • L'ED : C'est votre façon d'être un acteur de la production française?
PS : Je ne veux pas qu'on abandonne une partie de la production aux Chinois. J'ai la chance d'être dans un domaine, le végétal, où il y a encore une grande part d'incertitude. Nous sommes légitimes pour garder ce type de production. Notre position géographique, notre expérience restent des atouts. Mon souci aujourd'hui est d'avoir plus de clients que de producteurs. Il faut trouver des solutions pour produire plus, avec une valeur ajoutée.

  • L'ED : Quel est votre rôle dans la filière?
PS : Nous négocions près de 20 tonnes d'huiles essentielles par an. La transformation se fait en partie à Nyons où un outil a été développé lors de la rénovation pour accroître notre potentiel. Mais j'achète des huiles essentielles à des producteurs sur Rhône-Alpes et Paca pour sécuriser nos approvisionnements. La relation humaine et la confiance sont les fondamentaux de nos accords. Toutefois, nous restons sur des matières premières où les dérives spéculatives demeurent. En deux ans, la production mondiale de lavande a été divisée par trois et les prix ont augmenté de plus de 50%. Et aucun contrat ne peut empêcher ce phénomène. J'ai le sentiment que nous sommes en retard sur la production.

  • L'ED : Comment "booster" cette production locale?
PS : Les prix qui ont augmenté incitent à rester ici et à ne pas lâcher cette production. Je m'investis dans la filière pour diminuer les coûts d'exploitation. On travaille par exemple ici avec un condenseur en circuit fermé pour ne plus utiliser d'eau pour le refroidissement, et consommer peu d'électricité. On teste une machine de récolte pour économiser 30% du coût de l'énergie. On travaille aussi sur les chaudières biomasse pour réutiliser nos végétaux comme combustible.

  • L'ED : Le projet de plateforme d'extraction fait partie de ces outils innovants au service de la filière. Pouvez-vous nous en parler?
PS : Ce projet est intéressant car, grâce à la mutualisation, il permet d'accéder à un outil d'extraction innovant. Nous sommes un territoire extrêmement bien placé sur cette thématique de l'extraction sous toutes ses formes. Regrouper dans une structure unique différentes techniques dont une nouvelle technologie, l'extraction au CO2 suupercritique, est porteur. S'il n'y avait pas eu ce projet, je n'aurais jamais pu accéder à un tel outil. Nous pourrons ainsi développer des gammes d'extraits végétaux issus de l'agriculture biologique localement. De plus, aller vers les "greentechnologies" présente une belle opportunité pour le territoire.

  • L'ED : Quel est le fonctionnement?
PS : L'animation est assurée par la CCI, propiétaire de l'outil et la Chambre d'Agriculture de la Drôme. Trois entreprises ont été sélectionnées pour l'exploiter sous la filière Atelier des fluides supercritiques : Separex (Nancy), Synthever (Gard) et la Distillerie Bleu de Provence. En 2012, on devrait  réaliser environ 200 000 € de chiffre d'affaires. Le CEA continuera d'apporter son expertise sur le procédé d'extraction car la plateforme est un outil de R&D pour permettre au plus grand nombre d'entreprises de Rhône-Alpes, Paca et Languedoc-Roussillon d'innover. C'est un véritable plateforme technologique au service de toute la filière.

En savoir + : www.distillerie-bleu-provence.com

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